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Cet article analyse la migration de transit en tant que séjour temporaire dans un ou plusieurs pays en vue d’atteindre une autre destination plus lointaine. En particulier, la migration de transit est étudiée comme partie intégrante des stratégies de mobilité. Dans une perspective de “migration prolongée”, on cherche les façons dont ces mouvements s’insèrent dans des trajectoires migratoires considérées dans leur globalité. Où prennent place les transits ? De quels pays sont-ils issus, vers où se destinent-ils ? Comment se positionnent-ils et quel est leur rôle dans les trajectoires migratoires d’ensemble ? L’article traite de ces questions.Dans le contexte d’une augmentation des flux migratoires et d’une complexité plus grande des routes de l’émigration africaine vers l’Europe, les migrations par étapes se sont développées progressivement en tant que stratégies émergeantes, la migration de transit jouant un rôle de plus en plus important dans ces stratégies.Si la migration à destination de l’Europe provenant d’Afrique, ou passant par l’Afrique, a fait l’objet d’une grande attention (et d’un fort intérêt politique), il manque une vue compréhensive des systèmes de mobilité géographique et des interrelations complexes entre les différentes étapes des trajectoires migratoires. Cette approche intégrée est une pré-condition pour comprendre la migration de transit et son rôle dans des modèles de mobilité élargis.Grâce à leur caractère rétrospectif les données nouvelles du projet Migration between Africa and Europe (MAFE) fournissent des indications quantitatives sur les routes suivies par les Sénégalais tout au long de la vie et, par là, permettent de retracer les trajectoires biographiques intégrales des migrants avec leurs différentes étapes, incluant la migration de transit (http://www.mafeproject.com)L’analyse descriptive et séquentielle est utilisée afin d’obtenir une compréhension des conséquences géographiques et chronologiques des trajectoires migratoires globales des migrants sénégalais (en se focalisant sur quatre pays enquêtés). La structure des modèles migratoires est étudiée grâce à un approche longitudinale, étape par étape, permettant de définir les façons dont les transits s’insèrent dans les trajectoires plus larges.Les principaux résultats obtenus indiquent que le transit : (1) peut appartenir à des épisodes aussi bien courts que longs en vue d’atteindre d’autres pays dans la migration, (2) a souvent lieu au début des carrières migratoires mais peut aussi bien se passer à des étapes plus tardives, et qu’il peut être un événement réitéré, (3) qu’il concerne des déplacements visant une destination européenne, mais qui, en même temps, peuvent se développer et s’orienter aussi bien dans l’espace africain qu’européen. Cet article montre comment le transit peut consister en une stratégie de mobilité adoptée par les migrants à différents moments et dans différents contextes géographiques de leurs carrières migratoires, et qui vient à assumer différentes caractéristiques et différentes fonctions dans le cours de la vie.