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À partir des années 1980 l’èthos s’est implanté dans le paysage des études littéraires, dont il fait désormais partie de la boîte à outils. Sa signification est cependant loin d’être stabilisée, comme le montre le fait qu’il interfère de manière mal contrôlée avec des termes tels que « posture », « style » ou « scénographie auctoriale ». Dans cet article je commence par souligner que cette instabilité se trouve présente dès l’origine, dans l’œuvre d’Aristote, et que l’ethos autorise des modélisations très diverses, en fonction de la manière dont on le conçoit et du type de corpus que l’on aborde. C’est ainsi que j’ai personnellement développé une conception de l’ethos centrée sur le concept d’ « incorporation », qui s’est avérée particulièrement productive pour l’étude de certains type de textes, en particulier publicitaires, politiques ou religieux. Dans un second temps je m’attache à pointer quelques difficultés soulevées par l’application de l’èthos à l’étude de textes littéraires où l’on se contente souvent d’une définition très vague et où l’on ne prend pas toute la mesure de la spécificité du corpus que l’on analyse. J’illustre mon propos en m’appuyant sur trois exemples, empruntés à des genres et à des siècles différents : Les Précieuses ridicules de Molière, l’incipit de Candide de Voltaire et un sonnet de José-Maria de Hérédia. Il en ressort qu’il est impossible d’étudier l’èthos sans prendre en compte à la fois la configuration historique dont participe le texte, son genre et son positionnement esthétique.