Search for a command to run...
Le contenu et le contexte taoïstes de la notion chinoise des "grottes-cieux" (dongtian) sont examinés ici au cours de la période de formation de cette notion, du IVe au Xe siècles de notre ère. Lieux de refuge, d'initiation et de passage transcendental, les microcosmes paradisiaques se trouvent à l'intérieur des montagnes sacrées. Le mot dong, littéralement "caverne" ou "torrent", signifie également "pénétrer", "communiquer" et "discerner". Au sein de la géographie sacrée de la Chine, les grottes-cieux occupent, avec les Cinq Pics, une position primordiale. La cosmographie taoïste médiévale distingue deux séries de grottes-cieux, comprenant respectivement dix et trente-six lieux saints (cf. l'appendice). L'histoire des textes se référant aux dongtian suggère que l'origine de la notion est à placer dans le contexte des révélations du Shangqing des années 360. Plus précisément, la visualisation du monde à part que constitue la grotte-ciel s'inscrirait, au premier abord, dans les pratiques méditatives suscitées par le mouvement scripturaire du Maoshan — pratiques qui avaient pour objet, à maints égards, une représentation intériorisée et spirituelle du monde physique. La représentation de l 'univers comme grotte constitue de même une projection mentale de l 'espace rituel idéal : le modèle de l 'autel, de l 'oratoire, du sanctuaire qu'est le corps humain. A partir des Tang, cette conception se manifeste au grand public sous la forme du Jet du dragon, rite impérial qui permet au souverain d'entrer en communication avec le monde divin à travers les grottes. Les mêmes croyances magico-religieuses ayant trait aux microcosmes, à la re-création du monde en miniature, sous-tendent par ailleurs l'esthétique de la représentation des paysages en Chine. Enfin sont abordés ici trois thèmes mythologiques évoqués par ces lieux de passage entre différents mondes : la grotte comme matrice, comme tombeau et comme paradis. La notion que l 'au-delà peut être contenu dans ce monde, voire à l'intérieur de chacun, suggère que l'imaginaire de la grotte-ciel puisse s'interpréter comme une démarche gnostique : la connaissance de la "véritable forme" (zhenxing) du monde physique devient ainsi à la fois une connaissance du soi et du chemin du salut.