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En combinant analyses quantitative et qualitative (données de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes d’une part, entretiens approfondis ad hoc d’autre part), cet article explore les relations entre sentiment d’insécurité, expérience de victimation et mobilité des femmes dans les espaces publics, questions généralement évoquées deux à deux. Si les femmes sont relativement peu nombreuses à déclarer spontanément leurs peurs de sortir seule, l’étude de leurs pratiques effectives et du contenu de leurs discours permet de nuancer un tel constat. En effet, bon nombre de femmes ne sont pas confrontées à la question de sortir seule le soir, notamment celles qui vivent en couple ou celles qui, par la division sexuelle du travail, manquent de temps libre. De plus, l’analyse des pratiques de celles qui sortent seules laisse penser que leurs déplacements nocturnes font l’objet d’une vaste mise en condition : il existe une véritable vigilance mentale qui se révèle au travers de nombreuses et incontournables tactiques d’évitement et que renforce encore l’expérience de victimation. Les agressions subies dans les espaces publics ne semblent pas entraver la mobilité des femmes. Toutefois, les violences, mêmes les plus anodines en apparence, limitent leur liberté en portant une menace qui pèse, au-delà du moment où elles se produisent, et accroissent les sentiments de crainte que de nombreuses femmes disent éprouver à l’égard de l’extérieur.
Published in: Revue Française de Sociologie
Volume Vol. 46, Issue 2, pp. 265-294
DOI: 10.3917/rfs.462.0265