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La fasciite à éosinophiles est une affection rare du tissu conjonctif, caractérisée par un œdème et une induration cutanée douloureuse, fréquemment associée à une hyperéosinophilie sanguine et responsable d’une altération marquée de la qualité de vie. Des cas secondaires à l’immunothérapie anti-cancer, notamment aux inhibiteurs de checkpoint immunitaire (ICI), ont été récemment rapportés, sans protocole thérapeutique consensuel à ce jour. Nous rapportons le cas d’une patiente de 69 ans, traitée par double immunothérapie (ipilimumab 3 mg/kg et nivolumab 1 mg/kg) pour un mélanome urétral métastatique, ayant présenté 1 an après la fin du traitement des œdèmes douloureux et myalgies des quatre membres avec prise pondérale de 15 kg. Le bilan biologique trouvait une hyperéosinophilie à 3 G/L, une CRP à 11 mg/L, une hypoalbuminémie à 23 g/L, des CPK normales et une absence d’anomalie auto-immune, rénale ou cardiaque. L’évolution clinique était marquée par une sclérose cutanée diffuse avec limitation fonctionnelle des mobilités articulaires. L’IRM des membres inférieurs objectivait des hypersignaux des aponévroses musculaires et fascias intermusculaires, confirmant le diagnostic de fasciite à éosinophiles secondaire à l’immunothérapie. Un premier traitement conventionnel associant bolus de méthylprednisolone (500 mg/j) puis méthotrexate (15 mg/semaine) a été initié sans réponse clinique ni radiologique, au contraire avec aggravation progressive. Un deuxième protocole associant tocilizumab (8 mg/kg/mois), corticothérapie orale (1 mg/kg/j dégressive), méthotrexate et photothérapie UVA1 a permis une réponse partielle rapidement suivie d’une rechute à 3 mois. En raison de données récentes encourageantes, un traitement par baricitinib 4 mg/j a été instauré, associé au méthotrexate et à la prednisone, permettant une amélioration rapide avec régression des lésions scléreuses, assouplissement cutané et rémission radiologique à 2 puis 6 mois. La prise en charge des fasciites à éosinophiles reste peu codifiée, notamment dans les formes secondaires aux ICI. Les corticoïdes systémiques demeurent le traitement de première ligne, souvent associés au méthotrexate en cas de réponse incomplète. Toutefois, certaines formes sévères ou réfractaires nécessitent d’autres options thérapeutiques. Une meilleure compréhension de la physiopathologie suggère l’implication des voies de signalisation IL-6 et JAK-STAT, justifiant l’intérêt croissant pour les biothérapies ciblant ces axes. Les inhibiteurs de JAK, dont le baricitinib, pourraient représenter une alternative prometteuse dans les formes réfractaires. Ce cas illustre l’efficacité du baricitinib dans une fasciite à éosinophiles sévère induite par immunothérapie, réfractaire aux traitements conventionnels, et souligne l’intérêt des inhibiteurs de JAK comme option thérapeutique émergente dans ces situations complexes.
Published in: Annales de Dermatologie et de Vénéréologie - FMC
Volume 5, Issue 8, pp. A317-A317