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Ce travail doctoral s’intéresse aux jugements auxquels les émotions faciales donnent lieu. Il mobilise la conception évaluative du jugement social (Beauvois, 1976 ; Beauvois & Dubois, 1992, 2000, 2009, 2016) pour laquelle les traits personnologiques sont des critères utilisés afin de juger de la valeur sociale d’autrui (Pansu & Dubois, 2013). La valeur sociale informe de ce qu’une personne vaut en tant qu’agent social plutôt que qui elle est. La théorie beauvoisienne distingue deux dimensions dans le jugement : la valeur d’utilité sociale et la valeur de désirabilité sociale, qui prennent racine dans le fonctionnement social (Dubois & Beauvois, 2001, 2012). Ainsi, le jugement est consubstantiel à un système interpersonnel, celui du rapport social ancré dans le fonctionnement social. C’est la raison pour laquelle le jugement est pragmatico-évaluatif. Les deux dimensions du jugement de la valeur sociale (utilité et désirabilité sociales), d’une part, informent sur la manière dont une personne se comporte de manière prototypique (CP) dans le rapport social qui la lie à la personne émettant le jugement (i.e. la personne-source). Cela permet à cette personne-source d’évaluer comment la cible de son jugement (i.e. la personne-cible) se comporte au regard du fonctionnement social. D’autre part, les deux dimensions de la valeur sociale renseignent la personne-source sur ce qu’elle peut faire ou ne peut pas faire — au regard de ses objectifs pragmatiques — avec la personne-cible dans le contexte de leur relation (CA : comportement à l’égard d’autrui). Ainsi, ce second aspect permet de capturer l’essence pragmatique du jugement social. L’objectif principal de cette thèse est d’appliquer cette théorie de la valeur au domaine des comportements faciaux émotionnels.Cinq études et une analyse intégrative (faisant office de mini méta-analyse) répondent à trois objectifs. Le premier (études 1 et 2) est de montrer que les comportements faciaux émotionnels donnent bien lieu à des jugements de la valeur sociale. Les résultats indiquent que les émotions faciales communiquent les deux dimensions de la valeur sociale et indiquent également que la valeur attribuée à une cible varie selon l’émotion affichée (e.g., la joie affichée a un effet positif sur les jugements de désirabilité sociale, ou la tristesse a un effet négatif sur les jugements d’utilité sociale). Le deuxième objectif (études 3 et 4) est de montrer que le jugement des émotions faciales est un jugement pragmatico-évaluatif. Les résultats d’analyses factorielles indiquent que les jugements de valeur sociale prennent aussi bien la forme de CP que de CA. Les résultats de l’analyse intégrative, qui permet d’analyser l’effet du genre de la cible, confirment que les femmes et les hommes ne sont pas jugés de la même manière selon les comportements faciaux d’émotions qu’ils affichent, les jugements se conformant à des stéréotypes de genre (e.g., les femmes manifestant de la colère sont jugées moins désirables que des hommes manifestant cette même émotion). Le dernier objectif est de montrer que le jugement pragmatico-évaluatif d’une cible affichant une émotion faciale est ancré dans un rapport social (étude 5, en utilisant un paradigme de « social acquaintance » — les autres études ayant été réalisées avec un paradigme de « zero acquaintance »). Les résultats indiquent que ce n’est pas la symétrie ou l’asymétrie de la relation qui a une influence sur les jugements d’une source envers cible, mais bien la nature de leur relation (amicale, paternelle, hiérarchique). En conclusion, les jugements des comportements faciaux émotionnels sont plus que de simples jugements descriptifs, ce sont des jugements pragmatico-évaluatifs inscrits dans le rapport social entre une source et une cible du jugement. Cette thèse montre ainsi que la théorie beauvoisienne de la valeur sociale s’étend au champ de la communication faciale des émotions dans les interactions sociales.