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Ce travail se propose d’etudier l’apanage artesien, qui illustre un moment specifique dans le processus de construction des Etats princiers dans les derniers siecles du Moyen Âge. En 1302, la comtesse d’Artois herite d’un domaine important mais peu coherent. Elle doit rapidement faire face a plusieurs revendications territoriales, ainsi qu’a l’ingerence royale qui, traditionnellement forte, se fait encore plus pressante lors de la revolte nobiliaire des annees 1315-1319 : le pouvoir comtal doit s’affirmer dans un champ de forces contradictoires, entre attraction monarchique et volonte d’emancipation. Le patrimoine foncier est d’autant plus important que Mahaut « vit du sien ». Le gouvernement des finances, objet de toutes les attentions, conduit a la mise en place d’une administration centralisee, de plus en plus specialisee. Les institutions sont confiees a des serviteurs toujours plus nombreux, dont les plus fideles peuvent esperer s’elever dans la hierarchie sociale grâce aux liberalites comtales. La comtesse est par ailleurs tres soucieuse de l’image qu’elle donne d’elle-meme et de son pouvoir. En effet, l’exercice de la souverainete est soumis au jugement de l’opinion qui peut, par la revolte ou la fama, remettre en cause sa legitimite. Meme si Mahaut exerce sur ses sujets une domination, en particulier par l’exercice de la justice, elle ne peut gouverner sans obtenir leur adhesion. C’est pourquoi elle cherche a renforcer la cohesion du comte en suscitant un sentiment d’identite autour d’elle-meme et de la dynastie comtale.