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La découverte de la pénicilline par Flemming en 1928, et son utilisation en routine à partir de 1945, a été un progrès majeur, permettant de sauver chaque année des millions de vies dans le Monde. Malheureusement, son mésusage a conduit à l’émergence de la résistance aux antibiotiques, qu’on a cru pouvoir contrer par le développement de nouveaux antibiotiques. Le XXI e siècle a acté l’échec de cette stratégie, illustré par l’apparition de bactéries ultra-, voire toto-résistantes, parallèlement à l’essoufflement de l’innovation dans le domaine des antibiotiques. Le risque d’émergence concerne toute la planète: la mondialisation permet la circulation rapide de bactéries multi-résistantes, qui impose des efforts concertés. La concertation doit également s’appliquer au-delà de la médecine humaine: le risque d’acquisition de bactéries résistantes au contact du monde animal et de l’environnement a rendu nécessaire une approche « One Health ». Le bon usage des antibiotiques (BUA) est le pilier de la lutte contre l’émergence de la résistance, et cette règle doit être appliquée partout dans le Monde. Il ne s’agit pas de prescrire le moins possible: tous les patients qui en ont besoin doivent être traités, où qu’ils soient. Le BUA implique que les infections qui justifient une antibiothérapie soient bien traitées par un antibiotique adapté, mais « juste ce qu’il faut ». Ce principe est particulièrement difficile à appliquer dans les pays à ressources limitées, qui cumulent les risques de mésusage: i) carence de personnel médical qualifié pour faire un diagnostic précis; ii) accès très limité aux analyses microbiologiques, qui permettent pourtant de mieux cibler les antibiothérapies, à titre individuel (antibiothérapie ciblée sur la bactérie identifiée), et collectif (antibiothérapie empirique basée sur la connaissance du profil local de sensibilité des bactéries) ; iii) dispensation non contrôlée des antibiotiques, disponibles sans ordonnance. C’est pourtant dans ces pays à ressources limitées que l’impact de la résistance est le plus fort, car ces résistances ne sont que rarement identifiées, ce qui conduit à la prescription d’antibiothérapies inefficaces, avec un risque d’évolution défavorable pour les infections graves. Dans les rares situations où la résistance est repérée, l’accès limité aux antibiotiques de recours conduit à une impasse thérapeutique. Le BUA est donc une priorité dans les pays à ressources limitées, sachant que l’essentiel du BUA repose sur des principes simples : la formation des personnels de santé pour un bon diagnostic clinique et la connaissance des recommandations de BUA pour les infections courantes.
Published in: Médecine et Maladies Infectieuses Formation
Volume 5, Issue 1, pp. S26-S26