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[Appel en cours] « Le cheval, c’est trop génial », titrait en 2008 une campagne de communication produite par la Fédération française d’équitation (FFE), qui donna lieu, quelques années plus tard, à une émission de télévision destinée à promouvoir les activités équestres auprès des enfants. Loin de sa tradition militaire, l’équitation est désormais le premier sport pratiqué par les femmes en club en France. On peut néanmoins constater que les processus d’apprentissage intégrant la relation avec le cheval ont rarement intéressé les revues en sciences de l’éducation ou en sciences sociales. Un constat s’impose : les activités sportives pratiquées majoritairement par les hommes sont davantage traitées par la littérature scientifique. Ce numéro de Phronesis propose d’interroger les formes d’apprentissage et la formation en lien avec le cheval, qu’il s’agisse du passage de la socialisation amateure à l’entrée dans un groupe professionnel des mondes équestres ou des espaces d’apprentissage à visée thérapeutique mobilisant le cheval comme outil de médiation, de soin ou d’apprentissage (dans le travail social, le secteur de la santé ou encore le champ artistique). Cet appel à contributions entend ainsi documenter la diversité des processus de socialisation à l’œuvre dans les mondes du cheval, pensés comme des apprentissages qui sont situés, où se construisent conjointement des savoirs, des identités (amateures ou professionnelles) et des rapports à la pratique différenciés socialement et hiérarchisés.Cet appel à contributions vise tout d’abord à susciter des articles qui interrogent les processus de professionnalisation spécifiques à l’œuvre au sein des mondes du cheval ; autrement dit, le passage d’une pratique amateure équestre à l’intégration d’un groupe professionnel (Chevalier, Dussart, 2002), et ce que cela implique du point de vue des processus d’apprentissage des savoirs et des savoir-faire, ainsi que de la construction de l’ethos professionnel. Ici, la professionnalisation ne saurait en effet se réduire à une simple insertion sur le marché du travail, puisqu’elle engage un ensemble de transformations identitaires et des pratiques, structurées par des dimensions qui relèvent à la fois de la vie familiale, des loisirs, du parcours de formation et des institutions d’encadrement de la pratique équestre. Ces dimensions qui s’entrecroisent dans les processus de socialisation professionnelle équestre interrogent les conditions mêmes de la reconnaissance dans les mondes du cheval. Historiquement ancrés dans une tradition élitiste masculine, les mondes du cheval se sont largement ouverts à de nouveaux publics et à des groupes professionnels émergents, dont leurs membres sont parfois en reconversion, attirés par la possibilité de transformer leur « passion » en métier. Comme le souligne Catherine Tourre-Malen (2006), la féminisation de l’équitation s’accompagne de l’émergence d’une dimension hédoniste, caractérisée par le rapport sentimental au cheval, fondé sur l’« amour » de l’animal (Digard, 1995) voire la passion (Lourd, Philippe, 2019). La question de la professionnalisation dans les mondes du cheval ne peut donc être dissociée des processus de socialisation différenciée qui traversent ces espaces : le poids de la socialisation de genre y est déterminant, dans un contexte de féminisation des effectifs qui interroge aussi les places occupées par les hommes (les plus prestigieuses) ; le poids de la socialisation de classe continue à structurer des goûts différenciés pour la pratique équestre, qui reste historiquement associée, dans les représentations, à des catégories favorisées, malgré la massification observée ces dernières décennies qui touche principalement les jeunes enfants. Pourtant, la position de l’équitation dans l’espace social a probablement évolué (Bourdieu, 1979) : au regard de la grande diversité des pratiques dans ces mondes du cheval et leur massification auprès des jeunes, on peut s’interroger sur l’évolution de la morphologie sociale des pratiquant·es et des groupes professionnels dans ce contexte. Toutefois, ces processus de socialisation déterminent autant l’accès aux pratiques qu’ils structurent les parcours de formation et professionnels, conduisant à une distribution genrée et sociale des rôles : monitrice, palefrenier-soigneur, dirigeant de centre, cavalier ou entraîneur de haut niveau.La relation au cheval dans les processus d’apprentissage ne se restreint pas aux seules formations préparant aux métiers des mondes équestres. Des médiations mobilisant la présence animale, et en particulier celle du cheval, sont ainsi mises en œuvre dans des projets artistiques, mais aussi au sein de dispositifs thérapeutiques auxquels participent parfois des professionnels du monde équestre. Appuyés sur des travaux en neuropsychiatrie, des programmes destinés à des jeunes diagnostiqués autistes (Chevalier, Belot, Mellier, 2019), à des enfants présentant des troubles de stress post-traumatique (Hameury, Rossetti, 2022) ou encore à des personnes souffrant de douleurs chroniques (Dugas, Gal, 2023), envisagent le cheval comme un médiateur dont la rencontre produit des effets apaisants, rassurants et susceptibles de canaliser des tensions, des douleurs ou de l’agressivité. Cette manière d’appréhender l’animal, qui n’est pas nouvelle et ancrée dans une construction sociohistorique et poétique de sa figure, a favorisé son recours à des fins thérapeutiques. Parce qu’elle est non verbale et repose sur l’interprétation fine des signaux comportementaux, l’entrée en communication avec le cheval y serait facilitée. En tant qu’être vivant, susceptible d’être touché, il ouvre également une relation où peuvent circuler des émotions. Dans le cadre de ces programmes impliquant la médiation équine, la communication repose donc sur l’observation, la synchronisation des gestes et la régulation des affects. Ces interactions permettraient aux participants d’expérimenter d’autres manières d’être en relation : confiance, attention à l’autre, maîtrise de soi. On peut questionner les effets de ce rapport avec le cheval chez les publics comme les agents professionnels en termes de savoirs, de reconnaissance de soi et de rapport au corps en pensant l’appropriation de ces apprentissages au regard de leur socialisation familiale et scolaire. Ces pratiques, qui impliquent l’émergence de nouvelles figures professionnelles (équithérapeute, intervenant en médiation animale, coach équin ou artiste médiateur) interrogent également la construction de la légitimité de leurs savoirs et leurs approches dans les mondes équestres, et questionnent le rôle des sciences cognitives dans ce processus de reconnaissance. Mais les mondes du cheval ont également connu une autre évolution majeure : le développement d’une « culture équestre » de type commercial, marquée par le passage d’un modèle associatif à un modèle entrepreneurial où la performance sportive est mise en avant. Cette évolution soulève la question de l’éventuel décalage entre les savoir-faire acquis au cours de l’expérience profane de l’équitation et ceux requis pour intégrer les groupes professionnels du secteur. Quel rôle jouent les formations professionnelles dans ce processus ? Cet appel à contributions propose d’élargir les questionnements posés par Thérèse Perez-Roux (2021) sur les transitions professionnelles des formateurs en attelage au sein des Haras nationaux à l’ensemble des professionnels en formation dans les mondes du cheval, ainsi qu’à celles et ceux qui les encadrent. Il s’agit d’interroger les enjeux de reconnaissance et de reconfiguration identitaire qui traversent ces parcours, en documentant les processus d’apprentissage au sein des formations professionnelles. Les contributions pourront saisir la manière dont les dispositifs de formation accompagnent, prescrivent ou transforment le rapport au métier, notamment via les expériences de stage et les apprentissages informels dans les activités équestres. La massification de ce sport, dont la majorité des pratiquant·es sont de jeunes enfants, a ouvert de nombreux débouchés, en particulier dans le secteur des loisirs, mais aussi dans l’élevage, la santé ou les courses. Pourtant, la recherche scientifique a peu investigué le rôle des formations techniques dans les processus de professionnalisation. Hormis une thèse récente en sciences de l’éducation qui interroge les relations entre formations et emplois (Lourd, 2022) soulignant un fort désajustement dans ces relations, les études se sont intéressées aux acteurs des mondes professionnels du cheval et à leurs carrières, particulièrement aux sphères les plus prestigieuses sur le plan symbolique, notamment les cavaliers professionnels de haut niveau (Le Mancq, 2007), mais aussi plus récemment aux monitrices d’équitation (Slimani, 2014) et aux dirigeants des centres équestres (Salaméro, Le Mancq, 2022). L’attention s’est également portée sur l’évolution de la morphologie des pratiquant·es et de leurs rapports à la pratique, tandis que les formations professionnelles restent souvent évoquées de façon secondaire.Pourtant, ces formations constituent un terrain privilégié pour analyser les processus d’apprentissage et le passage de l’amateur au professionnel. Le BPJEPS mention équitation, diplôme d’État délivré par le ministère des Sports, forme les moniteurs à encadrer la pratique en sécurité tout en transmettant une culture équestre spécifique. Le bac professionnel conduite et gestion de l’entreprise hippique (CGEH), relevant de l’enseignement agricole, prépare à la gestion, aux soins et à l’élevage des équidés. Outre le BPJEPS et le bac pro CGEH, plusieurs diplômes structurent l’offre de formation : le CAPA palefrenier-soigneur, première spécialisation dans le soin des chevaux ; le brevet professionnel responsable d’entreprise hippique (BPREH) et le BTS agricole analyse, conduite et stratégie de l’entreprise (ACSE, option équine), orientés vers la gestion et le conseil. Des certi